Lettre de Marcelino du 27 janvier 1940

Cinquante-sixième lettre de Marcelino, écrite de Gorze dans le département de la Moselle, où il travaille à la 11ème CTE.

Gorze, 27 janvier 1940

Benigna, tu me dis qu’on t’a parlé d’un contrat pour aller dans une ferme où nous pourrons être ensemble. A toi de voir ce qu’on peut faire de mieux. Si en travaillant nous gagnons les francs indispensables pour assurer les besoins matériels de nous tous, on accepte sans hésiter entre le pour et le contre, et cela même en sachant qu’au début nous serons dans le pétrin. Ce qui compte c’est de nous unir et de pouvoir vivre librement ensemble. Il est temps que tu quittes le « Refugio ».
Dis-moi si ledit contrat consiste à ce que nous soyons métayers ou ouvrier dans une ferme. Si c’est pour être métayer, demande si la ferme dont il est question est habitable, si elle est meublée, ou si son mauvais état a besoin de beaucoup de réparations. Tout compte fait, ce que toi tu feras sera bien fait.
Bien, tu dois admettre que nous ne pourrons pas être la famille au complet parce que Maria dépend de son mari et Sébastian est obligé d’accomplir son contrat. Tiens-moi au courant. Moi je n’ai pas confiance dans ces gens dépréciables, qui nous promettent beaucoup pour mieux nous embrouiller.
Cher fils Valero. Ta lettre m’a fait plaisir parce que je vois que tu as le goût pour les études et rêve d’avoir une encyclopédie. Les opérations de calcul que tu m’envoies sont correctes. Je t’en enverrai de nouvelles pour que tu trouves leur solution en multipliant et en divisant. L’essentiel est que tu ne perdes pas l’envie d’étudier, car tes connaissances te serviront plus tard.
Chère fille Juana. Tu me demandes si j’ai besoin d’une paire de gants. Je te remercie de tout cœur pour ton amour et ta bonne intention mais je n’en ai pas besoin, vu qu’on nous a donné une paire suffisamment bonne pour combattre le froid.
Cher fils Anastasio. Tu me promets un autre dessin, encore plus beau que le précédent. Bien, je l’attends avec impatience et te félicite d’être si appliqué.
Chers Lauro et Alicia. Je suis vraiment désolé que les Rois* ne vous aient rien apporté. Néanmoins vous me comblez de bonheur en me disant que lorsque nous serons ensemble vous aurez tout, même les jouets comme ceux qu’ont les enfants français. Vos paroles et la confiance que vous avez sont un cadeau pour moi. Jusqu’au jour où se réaliseront vos rêves, moi je puis seulement vous envoyer des baisers par courrier. Avec eux j’ai rempli cette enveloppe. Ayez confiance, mes fils. Pour le moment continuez en utilisant, comme vous le faites, le jouet le plus merveilleux que nous a donné la nature : le cerveau.
Il est primordial que vous ne vous ennuyiez pas.

Marcelino Sanz Mateo

*/ en Espagne : La fête des Rois est plus importante que Noël, c’est eux qui apportent les cadeaux aux enfants.

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