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Marcelino et la 11ème CTE quittent le village de La Condamine-Chatelard dans le département des Basses-Alpes le 4 janvier 1940. Après deux jours de voyage en train, en passant par Lyon et Dijon, (lettre de Marcelino du 8 janvier 1940), ils arrivent dans le département de la Moselle, débarquent en gare de Novéant, et sont dirigés vers le village de Gorze, toujours en Moselle.

Gare de Novéant sur Moselle

Novéant (Neuburg) est situé à 20km au sud-ouest de la ville de Metz. Le village est sur la rive ouest de la Moselle. Gorze se trouve à 6 km de Novéant dans un petit vallon (où coule la rivière Gorzia) qui monte sur le plateau lorrain. Entre 1870 et 1918, ces deux villages étaient à la frontière entre l’Alsace-Moselle allemande et la France. On trouvait à Novéant postes de Douane et de Police. De nombreux passeurs ont œuvré le long de cette frontière.

Carte de Novéant et Gorze. Le camp Morin est situé au C rouge (Géoportail)

Arrivée à Gorze, la 11ème CTE, est dirigée au-dessus du village, sur le plateau lorrain. Elle est installée avec d’autres CTE au sud de la ferme Labauville, à la limite de la forêt communale de Gorze, pour y construire, sous la direction de la 1ère section du 441ème régiment de marche métropolitain, un campement de mille baraquements qui va prendre le nom de « camp Morin ».

Extrait du carnet de marche du 441ème régiment de marche métropolitain (source JF Genet)

 (IV.. Historique journalier de décembre 1939 à juin 1940 : de décembre à fin mai le 1er bataillon du 441éme RPM est employé par l’EM (état-major) de la IIIème Armée, à la construction et l’aménagement des camps de Gorze et de Villecey-sur-Mad (situé en Meurthe-et-Moselle à 8,5 km au sud-ouest de Gorze), et en juin à la garde des dépôts de munitions de la région…)

Forêt
Lieu-dit
Ancien emplacement du camp Morin (source JF Genet 2020)
Fondations restantes de baraquements du camp Morin , (source JF Genet Mars 2020)
Fondations restantes de baraquements du camp Morin 2 (source JF Genet Mars 2020)
Le camp Morin aujourd’hui 1 (Photo P Claude Mars 2020)
Le camp Morin aujourd’hui 2 (Photo P Claude Mars 2020)

Marcelino et ses compagnons d’infortune vont rester au camp Morin , du début janvier, au début mai 1940. Il va y écrire 16 lettres entre le 8 janvier et le 12 avril 1940.

Aujourd’hui il ne reste que quelques fondations des bâtiments construits par les CTE sur ce secteur. (Merci à Jean-François Genet et Michel Schuller pour la localisation de ces vestiges). Après la guerre, quelques baraques sont restées pour servir à l’hébergement des harkis travaillant dans la forêt de Gorze.

Entre le 10 avril et le 10 mai 1940, Juan, le gendre de Marcelino, ira en permission à Mézin dans le Tarn-Garonne pour voir Benigna et ses enfants , ainsi que Maria, sa fiancée. A son retour en Moselle, c’est Marcelino qui va effectuer à son tour une très brève permission, lui aussi à Mézin. Ensuite, Marcelino retournera à Gorze.

 Aussitôt après, sa compagnie est déplacée en direction de Novéant pour faire des travaux d’élargissement de route et de construction de ponts, sous la direction d’ingénieurs français. Les  Espagnols vont aussi aider les femmes à la cueillette des fraises*.

Lors de l’arrivée des Espagnols à Novéant, le curé du village, l’abbé Henrion soupçonné de collaboration a conseillé aux habitants de se méfier de ces rouges Espagnols et de ne pas leur faire confiance. A l’installation des Allemands, il sera remplacé par l’abbé Nassoy, qui va monter rapidement un réseau de passeurs pour aider juifs, catholiques et autres exilés. N’oublions pas qu’à la fin juin 1940, l’Alsace/Moselle redevient allemande, et Novéant, ville frontière du Reich. (Source JF Genet).

Cueilleurs de fraises à Novéant, fin mai ou début juin 1940 (source JF Genet)

* : en mai et juin 1940, tous les hommes de Gorze et Novéant sont mobilisés. La région de Novéant est alors un lieu de forte production de fraises. Un article du journal  » le Républicain Lorrain » de 1937, indique que la production est de plus de 1700 tonnes dont 500 tonnes rien que pour Novéant.

(source JF Genet – Le Républicain Lorrain)

De Novéant, Marcelino va écrire 4 lettres entre le 16 mai et le 1er juin 1940.

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En attente d’informations pour trouver l’emplacement de la 11ème CTE

15 mai 1940 : l’Allemagne envahit la France. Malgré une résistance héroïque, l’Armée Française recule de toutes parts. Le 14 juin, Metz est déclarée ville ouverte, le 17 juin les troupes allemandes entrent dans Metz.

Le 15 juin : l’Armée Française détruit les ponts sur la Moselle, en particulier celui de Novéant à Corny et celui de Pont-à -Mousson, piégeant sur la rive est de la Moselle une partie importante de ses troupes, qui n’ont plus comme solution que de remonter la Moselle en direction de Belfort afin de trouver un passage encore intact pour se replier vers le sud et l’ouest du pays.

Les 18 et 19 juin : les Allemands bombardent Epinal, Dournoux, Xertigny Jeuxey et la Chapelle-aux-Bois où l’on trouve trace d’Espagnols pris dans la tourmente, (témoignage de Francisco Carrillo Luque de la 2ème CTE).

Voici le témoignage de Juan, le gendre de Marcelino (date non précisée) : « Nous étions du côté d’Epinal en train de déblayer les routes des épaves de voitures et de charrettes abandonnées par les gens qui fuyaient l’avancement de l’armée allemande. Le dernier jour le capitaine de la compagnie nous mis sur deux colonnes pour aller travailler d’un endroit à l’autre. Au dernier moment, sans me faire remarquer, je changeais de colonne (Juan) sans savoir que Marcelino était devant moi, mais je n’ai pas eu le temps de le voir, de le prévenir ou de le prendre avec moi. C’est la dernière fois que je vis Marcelino ». (Source Alban Sanz).

Quand les bombardements commencèrent à tomber sur Epinal (certainement le 18 juin 1940), Juan monte dans un camion avec le capitaine Vidal et un autre soldat français. Il cherche désespérément Marcelino, ne tenant pas compte des ordres du capitaine, jusqu’au moment où ce dernier sort son pistolet, le lui met sur la tempe et lui ordonne de prendre la route en direction du sud. Juan s’exécuta. Ils rejoignirent la ville de Bédarieux dans l’Hérault, où la 11ème compagnie fut dissoute le 14 juillet 1940. (Source Alban Sanz).

Marcelino et quelques compagnons d’infortune prirent un train en direction de Belfort ou de la Suisse. Ce train a été stoppé par les Allemands. Ils furent faits prisonniers.

Voie ferrée La Chapelle-aux-Bois
Lieux bombardés en Juin 1940 (en rouge la voie ferrée)

Entre le mardi 18 juin 1940, et le dimanche 27 juin 1940 : les Allemands ouvrent un camp provisoire sur la commune de Bains-les-Bains, toujours dans le Vosges, pour y rassembler toutes les troupes prises dans la nasse autour d’Epinal (23ème GRCA, 55ème BMM, 11ème RACL, coloniaux, Espagnols, 26ème RAD,  1600 capturés dans les casernes d’Epinal,  80 capturés à Cruey les Surance, 46ème GRDI, artilleurs des batteries des forts d’Epinal, prisonniers capturés à Archettes et Xerménil). Ce sont environ 50 000 personnes qui vont se retrouver pendant dix journées sans eau, sans nourriture, sans hygiène et sous une pluie battante, surveillées par les Allemands.

Le samedi 26 juin : commence le tri des internés. À partir de 14h45, les prisonniers sont dirigés vers les frontstalag 211 de Sarrebourg, frontstalag 210 de Strasbourg, frontstalag141 de Vesoul, frontstalag 120 de Mirecourt, frontstalag 121 à Epinal ou le frontstalag 140 de Belfort où l’on retrouve trace de Marcelino. Au soir du 27 juin, le camp est totalement vide.

Camp provisoire de Bains-les-Bains – 50.000 prisonniers (source AD Vosges)
Prisonniers rassemblés dans les Vosges en Juin 1940 (source JF Genet)
Prisonniers dans les Vosges en Juin 1940 (source JF Genet)

La suite est à consulter dans Lettres de Marcelino, « « Epilogue « 

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Notes :

 Aux Archives de la Moselle à Metz : rien sur la 11ème CTE, mais des documents sur les autres CTE et GTE du département et sur les réfugiés Espagnols (cotes 5 R 584 (fiches CTE) et 585 (apatrides), 4 MI 147/13 (le Républicain Lorrain), 4 MI 106/80 (le petit Messin), 4 MI 126/69 (le Lorrain).

Aux Archives Départementales des Vosges à Epinal : rien sur la 11ème CTE, mais un dossier complet sur les réfugiés Espagnols de 1939, avec les noms et les lieux d’accueils (côte 4 M 720 à 4 M 735).

Aux Archives départementales de Belfort : rien de rien.

Archives Nationales à Pierrefitte sur Seine :  On y trouve les côtes des frontstalag suivants : 120 Mirecourt 619/MI/7, 121 Epinal 619/MI /8 et 9, 140 Belfort 619/MI/23 et 24, 141 Vesoul 619/MI/45 et 46, 210 Strasbourg 619/MI/67, 211 Sarrebourg 618/MI/69.

Remerciements à :

Jean-François Genet, historien à Novéant pour son aide. Il travaille sur l’histoire des passeurs entre Moselle et France.

Les Mairies de Novéant (57), Gorze (57), Bains-les-Bains (88).

Les Archives Départementales de la Moselle, des Vosges et du Territoire de Belfort.

Solange et Rémy pour leur aide logistique.

Alban Sanz, le petit fils de Marcelino.

Liens :

Le camp de la misère de Bains les Bains / aufildesmotsdelhistoire.unblog /

Retour à Mézin ….

La commune de Mézin est située dans le Lot et Garonne (47) au Sud-Ouest d’’Agen, à la limite des départements du Gers et des Landes. En 1939, c’était un village d’environ 2500 habitants, un territoire agricole, mais aussi industriel, en particulier grâce à des usines de production de liège.

Localisation de Mézin

C’est le lieu de naissance d’Armand Fallières (1841-1931) qui fut Président de la République de 1906 à 1913.

La bastide de Mézin
Vue aérienne de Mézin – En rouge, « el refugio »

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C’est le 8 février 1939 que Benigna et ses 6 enfants arrivent par convoi en gare de Mézin, convoi composé de 56 réfugiés, principalement des femmes et des enfants. Ils y rejoignent des réfugiés arrivés en très petit nombre quelques jours auparavant.

Archives Départementales du Lot et Garonne (4M293)

Nous avons toutes les fiches de ces réfugiés .

Fiche n°8 : Formento Bénigna, épouse Sanz (AD 47 – 4M293)

Benigna et ses enfants sont logés à la pension Rizzi Rocco, ou hôtel de la poste, avec vingt-six autres réfugiés.

Fiche Rizzi-Rocco (AD 47 – 4M293)

Les autres hébergeurs sont : M. Cassagnobères 7 / M. Begue 6 / Fernand Deufileu 4 / Gaston St Marc 4 / Alexandre Latrobe 10 / Antoine Talière 7.

« El Refugio » autrefois (années 30)
« El Refugio » aujourd’hui

« El réfugio » est aujourd’hui un immeuble collectif locatif. La petite maison de droite, c’est l’octroi qui donne sur rue du collège (adresse qui figure sur une enveloppe écrite le 28 mai 1940 de Novéant en Moselle).

Lettre de Marcelino du 28 mai 1940

Ensuite, en 1941, la famille va déménager dans l’ancienne usine de bouchons, toujours à Mézin

L’usine de bouchons

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Une personne va beaucoup aider la famille de Marcelino, c’est Madame Engracia, que Marcelino va remercier personnellement dans deux lettres, une du 15 juin 1939 et une du 17 février 1940.

Lettre de Marcelino du 15 juin 1939
Lettre de Marcelino du 17 février 1940

Que sait-on d’elle ? C’est en cherchant dans la presse que je tombe par le plus grand des hasards sur cet article de la Dépêche du Midi, qui apporte plein de renseignements.

Article du journal La Dépêche du Midi du 12 mars 2018

C’est peut-être là que Maria, la fille ainée de Benigna et Marcelino, a travaillé ?

La pâtisserie Rue Gambetta existe toujours

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Pendant quelques mois les enfants de Benigna vont aller à l’école de Mézin.

L’école de Mézin

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Sébastian va travailler quelques mois dans un atelier de mécanique jusqu’à la déclaration de guerre de 1939, date à laquelle son « contrat » est rompu.

L’atelier de mécanique selon plusieurs témoignages (à vérifier)

Ensuite, il va travailler dans différentes exploitations agricoles avec Valéro et Juana dans des villages autour de Mézin, pour différents travaux, dont les vendanges.

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En photos ci-dessous quelques pages d’un document d’une plainte déposée à la gendarmerie de Mézin contre Mr Clostres qui a tendance à exploiter les réfugiés Espagnols : Marcelino parle de l’exploitation des Espagnols dans une de ses lettres.

Le village de Lannes est situé l’Est de Mézin, et le château de Bégué évoqué dans le rapport de gendarmerie, se trouve sur la route entre Mézin et Lannes.

Plainte
Transcription de la plainte :

« Ce jourd’hui six octobre, mil neuf cent trente-neuf à seize heures.

Nous soussignés Pellefigue Sylvain et Brunel Marius gendarmes à pied en la résidence de Mézin, département du Lot-et-Garonne, revêtus de notre uniforme et conformément aux ordres de nos chefs :

En tournée et agissant en vertu d’une demande d’enquête de Monsieur le Préfet du Lot-et-Garonne en date du 28 septembre 1939 (transmission n° 8749 / 3ème section du 2/10 1939), avons recueillis les déclarations suivantes :

1er Monsieur Clostres, Camille, 53 ans, propriétaire à « Bégué », commune de Lannes (Lot et Garonne), né à Moutard (Allier), le 2 décembre 1884, fils de Feues Jean et de Boule Jeanne, marié sans enfants, de nationalité française : « J’ai bien eu un différend avec des ouvriers réfugiés Espagnols le jour du repiquage sur ma propriété de Bégué, mais je n’ai jamais demandé qu’une enquête soit faite, et n’ai aucune déclaration à faire à ce sujet.

Toutefois, je dois dire que j’ai envoyé un mandat de 98 francs à Mr le Préfet à Agen pour le paiement du travail effectué par les réfugiés. Ce dernier m’a renvoyé ce mandat en me disant que cette affaire ne le concernait pas et que le diffèrent étant né entre un patron et ses ouvriers relevait du droit commun ».

Lecture faite persiste et signe.

2ème Monsieur Chaumet Jean, 53 ans, major de police à Mézin (Lot et Garonne), né le 23 août 1886 à Marmande, même département, fils de feu Antoine et Brunet Marie, marié, 3 enfants, ex chef de brigade de gendarmerie, médaillé militaire, déclare : « Je suis fort étonné de la lettre de Mr le Préfet du Lot-et-Garonne relative aux incidents qui se sont produits à Lannes, entre le réfugiés Espagnols et Mr Clostres, et surtout de la plainte que ce dernier a dû porter contre moi, attendu que Mr le Préfet relate dans sa demande d’enquête que j’ai menacé et insulté grossièrement Mr Clostres en pleine rue. Voici exactement les faits :

Le samedi 9 septembre 1939, Mr Clostres qui ne trouvait personne dans la région de Lannes, pour dépiquer sa récolte de blé, a téléphoné à Mr Duplan Maire de Mézin, en lui demandant s’il n’y aurait pas moyen d’avoir des réfugiés Espagnols de Mézin.

Monsieur Duplan m’a aussitôt appelé en qualité de régisseur comptable au service des réfugiés Espagnols, afin que je m’occupe de cette affaire.

J’ai prié Mr Clostres de passer le lendemain, afin de nous mettre d’accord quant au nombre de réfugiés qu’il aurait besoin et surtout en vue du paiement, car ce « Monsieur » qui avait occupé deux ouvriers réfugiés au mois de juillet avec un contrat régulier, avait au moment du départ et après avoir rompu illégalement le contrat, refusé de leur payer entièrement leur dû.

Monsieur Clostres est donc venu le dimanche 10 et m’a demandé 16 hommes pour le lendemain. Après entente avec Melle Feytis directrice de l’hôpital auxiliaire, il a été convenu qu’il pourrait compter sur les 16 réfugiés. Le prix étant de 14 francs et nourris. Mr Clostres m’a remis à l’avance 224 francs. Le lundi matin ces 16 réfugiés sont partis à 5h45, heure légale pour Lannes « château de Bégué », domaine de Mr Clostres. La machine à dépiquer n’étant pas arrivée ce jour-là, ces hommes sont revenus à Mézin, à 10 heures, sans qu’il leur ait été offert un morceau de pain pour le petit déjeuner.

Mr Clostres m’a demandé le même jour de les envoyer le lendemain. Les mêmes hommes sont repartis à 5h30, le mardi et revenus le soir à 21h30. Dans la journée j’ai rencontré Mr Clostres à Mézin qui m’a dit « je ne compte pas terminer le dépiquetage aujourd’hui, pouvez vous me laisser les réfugiés pour demain mercredi. Je ne vous paye pas leur journée à l’avance car je ne sais pas si je terminerai à midi ou après ». Ma réponse a été ceci. Vous me paierez lorsque le travail sera terminé. Mr Clostres a ajouté « je suis très content du travail de ces hommes ». Je ne sais ce qui s’est passé dans la journée du mercredi, mais m’étant levé à 5h45, les réfugiés étaient déjà partis pour Bégué. Le soir à 20h45, ils sont tous venus à mon domicile, protester contre Mr Clostres, qui avait voulu à 19h30, après 12 heures de travail assidu, qu’ils terminent le soir même le dépiquetage dont il aurait fallu environ 3 heures environ, ce dont ils ont refusé, mais se sont offert d’y recourir le lendemain. Sur ces faits, Mr Clostres a refusé de leur payer leur journée et les a renvoyés sans manger. Ces hommes ont dû à leur arrivée à l’hospice demander de quoi diner à la directrice.

Le lendemain, ayant rencontré Mr Clostres en face de mon domicile, je lui ai demandé les motifs de cet incident. Cet homme m’a répondu « vous pouvez garder vos Espagnols, ce sont tous des anarchistes, et vous les soutenez ». Sur ces paroles, je lui ai répondu, je ne rentre pas dans les détails, ce que je constate c’est que vous les avez fait travailler, et que vous devez les payer. Sur son refus formel, je lui ai dit « vous parlez d’anarchistes, regardez-vous un peu. Vous rappelez-vous du 15 mai 1938 ». Cet homme s’est alors mis à m’insulter à tel point que je lui ai pris le bras pour le conduire à la gendarmerie où je me suis rendu. Pendant ce temps Mr Clostres est parti en voiture dans la direction de Lannes.

Depuis 7 mois que je suis régisseur comptable « du service des réfugiés Espagnols, je n’ai jamais eu d’incident avec aucune personne, sauf Mr Clostres. J’ai signalé deux fois son attitude au sujet de sa résiliation des contrats à la Préfecture, 3ème division, et encore dernièrement, j’ai fait à la suite du dépiquage chez ce Monsieur un rapport circonstancié à Mr le Préfet, 3ème division, également. Sur ce rapport je demandais qu’il soit fait justice à ces pauvres réfugiés en forçant Mr Clostres à payer ce qu’il leur devait. Aucune réponse ne m’est parvenue à ce sujet.

Je puis affirmer que Récatala Joseph, n’a jamais donné lieu à Mézin, à aucune critique et que si Mr Clostres, lui en veut, c’est qu’il est allé à maintes reprises lui demander le produit de 5 journées qu’il ne lui avait pas payé. Lorsqu’il l’a renvoyé après avoir rompu son contrat.

Je demande à ce que ces réfugiés perçoivent ce qui leur est dû et qu’à ce sujet, Mr Clostres soit mis dans l’obligation d’en verser le montant entre mes mains où chez Mademoiselle Feytis, directrice de l’hôpital hospices des réfugiés ».

Lecture faite, persiste et signe.

3ème Madame Drouillet Armande, née Boyer, 59 ans, ménagère à Lancôme commune de Lannes, Lot-et-Garonne, déclare : « le jour du dépiquetage chez Mr Clostres à Bégué, je me trouvais chez lui pour faire la cuisine. Dans le courant de l’après-midi, j’ai entendu dire qu’il s’était produit un incident entre Mr Clostres et des ouvriers réfugiés Espagnols qui étaient à son service pour dépiquer, mais j’ignore complètement pour quel motif. Comme je vous l’ai déjà dit, j’étais occupée à faire la cuisine, et de ce fait, je n’ai pas assisté à la discussion. Je puis toutefois vous dire que le soir aucun réfugié n’a mangé chez Mr Clostres. C’est tous les renseignements que je puis vous donner ».

Lecture faite, persiste et signe.

4ème Monsieur Malliac Albert, 63 ans, adjoint au Maire de la commune de Lannes, Lot-et-Garonne déclare : « je sais que Monsieur Clostres avait demandé des réfugiés Espagnols à Mézin pour pouvoir procéder au dépiquetage de sa récolte sur sa propriété de Bégué, cela parce qu’il n’avait trouvé personne dans la commune de Lannes.

J’ai entendu dire également qu’il avait eu un différent avec ces ouvriers réfugiés au cours de la deuxième journée de dépiquage, mais j’ignore pour quel motif.

Comme ce n’est pas la première fois que Mr Clostres a des différents avec son personnel, je ne suis nullement surpris de cette discussion. Depuis deux ans environ que Mr Clostres habite ma commune, je puis certifier qu’il a eu des histoires avec tout le personnel qu’il a employé, et notamment au sujet du paiement. D’après la rumeur publique, c’est un homme de moralité douteuse, d’un caractère sournois, solitaire et ne fréquentant personne.

D’autre part, il me serait difficile de donner de bons renseignements sur son compte, vu que le jour de la visite de Monsieur le Président de la République à Mézin, il a été gardé à vu par vos soins à la brigade de gendarmerie de Mézin.

Quant aux réfugiés Espagnols, je n’ai pas entendu dire qu’ils se soient livrés à des actes hostiles à l’égard de Mr Clostres.

Lecture faite, persiste et signe.

Les réfugiés Espagnols ayant assuré le dépiquage chez Mr Clostres, sont actuellement tous absents de Mézin et se trouvent répartis dans diverses localités du Gers pour effectuer les travaux aux vendanges.

Deux expéditions destinées : la première avec demande d’enquête à Monsieur le Préfet du Lot-et-Garonne à Agen ; la deuxième aux archives.

Fait et clos à Mézin les jours, mois et an que d’autre part.

Signatures : Brunel et Pellefigue« 

Château de Bégué à Lannes

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Lettre de dénonciation :

Lettre de dénonciation au Préfet du Lot-et-Garonne écrite le 10 mai 1939 de Poudenas (village au Sud-Ouest, séparé de Mézin par la rivière la Gélise) par un certain Camet Robert, journalier agricole.

Lettre de dénonciation

Retour au hameau du Laca à Lannepax

En octobre 1939, Sébastian va se retrouver dans la commune de Lannepax, et plus précisément au hameau du Laca, pour y faire les vendanges (voir lettres de Marcelino d’octobre 39). Le propriétaire est Monsieur Desbarats conseiller municipal à Lannepax.

Marcelino écrit à ce Monsieur le 17 février 1940.

Lettre de Marcelino à M. Desbarbats du 17 février 1940

Le hameau du Laca est traversé par une petite route. Il se compose de deux habitations, une au Nord d’aspect bourgeois et une au sud. C’est là que Sébastian et Valéro vont travailler, rejoints à partir de 1942 par Benigna et le reste des enfants. Ils vont y rester jusqu’à la fin de la guerre.

J’ai trouvé dans l’annuaire le nom de Desbarats dans le village de Lannepax au lieu-dit Lestancille. Je suis allé frapper à sa porte, et ce Monsieur Desbarats (88 ans), qui est un cousin du Desbarats du Laca, m’a expliqué que le domaine avait été vendu dans les années 60 et qu’il ne restait plus de descendants des Desbarats du Laca. Il se rappelle avoir vu lors de ses vacances, une famille d’Espagnols avec de nombreux enfants au Laca.

Le Laca en 1945 (IGN)
Le Laca en 2018 (Géoportail)
Maison bourgeoise, côté Nord du chemin
Ferme du Laca aujourdhui 1
Ferme du Laca aujourd’hui 2
Famille Sanz en mai 1940

Malgré toutes mes recherches, je n’ai pas retrouvé l’escalier où a été prise cette photo en mai 1940.

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Sources :

Anastasio et Alban Sanz.

Archives Départementales du Lot et Garonne à Agen : (4 M 287 / 289 / 290 / 291 / 298 / 312).

Archives Départementales du Gers à Auch : (4 M 207. 1 W 272 / 265 / 278).

Mairie de Mézin (comptes-rendus des conseils municipaux de 1938 à 1945.

Daniele Ducoussau, secrétaire à la Mairie de Mézin.

Quelques anciens du village de Mézin m’ont confirmé les différents lieux de vies et de travail de nos réfugiés.

Monsieur Desbarats du hameau de Lestancille à côté du village de Lannepax, m’a parlé longuement de son cousin qui était le propriétaire du hameau du Laca où ont séjourné Benigna et ses enfants de 1942 à la fin de la guerre.

La Dépêche du Midi.

Patrick Claude association au pied du mur de Mallefougasse et Montlaux (septembre 2019).

Présentation des CTE et GTE

Les Compagnies de Travailleurs Espagnols furent créées sous le gouvernement Daladier par le décret du 12 avril 1939. Plus de 300 vont être implantées dans pratiquement tous les départements français (liste sur demande). Très rapidement le  » E » d’Espagnols va se transformer en « E » d’Etrangers. Ainsi, le 27 septembre 1940, les CTE sont transformées en GTE (Groupement de Travailleurs Etrangers). Il y reste 80% d’Espagnols.

Les CTE sont placées sous l’autorité du Ministère de la Guerre, encadrées par des militaires et affectées pour effectuer des travaux d’intérêt général ou stratégiques.

62 000 Espagnols sont versés dans les CTE. 7000 sont intégrés dans les régiments de marche étrangers et vont combattre en 1940 dans la Somme, en Alsace et dans les Ardennes. 8000 vont dans les régiments de marche de la légion étrangère, puis dans ceux de la France Libre. 9000 environ rejoignent les FFI.

Au début de la guerre : 15 000 Espagnols sont acheminés sur et autour de la ligne Maginot, 32 000 derrière les lignes (Loire, Paris, frontière Belge), 8 000 en zone non opérationnelle.

On estime les pertes à 18 500 (morts et blessés). 10 000 à 15 000 sont fait prisonniers et très souvent déportés. Il en reviendra seulement un millier (source liste des déportés).

Après la défaite de 1940, on va retrouver environ 53 000 Espagnols travaillant dans les GTE et pour l’organisation Todt, dont 41 000 sont issus des anciens CTE.

Concernant Marcelino et Juan 

Après la période dans le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer, ils arrivent dans les Basses-Alpes le 1er mai 1939, et plus précisément sur la commune de La Condamine-Chatelard. A peine débarqués, ils sont dirigés vers la vallée du Parpaillon, où un camp de tentes Marabout vient d’être installé à 2058m d’altitude.

Le camp B

Le camp B, était installé au niveau du « Plan de Parpaillon ».

Les tentes Marabout en 1939

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Photo aérienne de 1950

Les bases des tentes Marabout sont toujours nettement visibles.

Le même lieu aujourd’hui (Géoportail)

On distingue à peine au ras du sol les restes de cercles des tentes Marabout.

La piste en haut de la photo a été construite par les Espagnols et monte jusqu’au tunnel du Parpaillon.

Le « Plan du Parpaillon »aujourd’hui

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Si un jour vous passez par-là, ayez une pensée pour Marcelino, Juan et leurs compagnons.

La Condamine, le 10 juin 2019

Quatre-vingt années après, petite expédition jusqu’au campement de Marcelino (2058 m d’altitude) dans la vallée du Parpaillon, où il faisait « très frais ».

Les bases des tentes Marabout sont toujours là, la neige sur les sommets aussi, ainsi que les marmottes.

Quand on est là-haut et que l’on découvre l’emplacement du campement, on pense que nos Espagnols « vivaient » dans un bagne, et non pas dans une compagnie de volontaires : conditions d’hébergement plus que précaires, isolement total, temps passé à casser des cailloux pour refaire une route dite « stratégique » qui n’a jamais été achevée….

Parpaillon – La compagnie de Marcelino sur la route d’accès
Parpaillon – La route d’accès aujourd’hui

Les arbres ont poussé, mais l’endroit est le même.

Le camp du Parpaillon

Il y fait un froid de gueux

Le camp du Parpaillon – Les anciens emplacements des « Marabout »

Les emplacements sont toujours là !

La déroute, Belfort et l’Allemagne

La déroute de l’Armée Française devant la grande offensive allemande de la mi-juin 1940 dissémine les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) se trouvant dans le département de la Moselle, qui est frontalier avec l’Allemagne.

La 11ème compagnie de Marcelino et Juan est dirigée vers Épinal dans le département des Vosges, où elle subit de lourds bombardements .

Alors que Juan, au volant de son camion, cherchait désespérément Marcelino, le capitaine de la 11ème compagnie, le menaçant de son pistolet, lui donne l’ordre de filer vers le sud pour se mettre en lieu sûr. Juan s’exécuta et, avec quelques membres de la compagnie « Français et Espagnols », il fit route jusqu’à Bédarieux dans le département de l’Hérault. C’est là que les rescapés de la 11ème compagnie demeurèrent jusqu’à sa dissolution le 14 juillet 1940.

Enfin Juan put s’unir avec Maria. Peu de temps après, ils eurent leur première fille Paquita.

** voir le détail de celle période dans « Lettres de Marcelino – Retour à Gorze, Novéant et Belfort ».

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On ne sait pas ce que devint Marcelino. Au bout de quelques mois sans avoir de nouvelles, Benigna reçut enfin une lettre de son mari provenant de Belfort et estampillée avec le sceau de la Wehrmacht (armée régulière allemande). Cette lettre disait :

« Chère épouse et chers fils, n’ayez pas de la peine, je me trouve sain et sauf et bien soigné. Baisers. Marcelino ».

Ce que l’on sait : Marcelino est retenu au Frontstalag 140 de Belfort. Il va y rester jusqu’au 16 janvier 1941.

Lettre expédiée du Frontstalag 140 de Belfort

Marcelino fait partie de ces Espagnols qui sont employés à l’entretien des fortifications de Belfort.

Le Frontstalag 140

Le 16 janvier 1941, les Espagnols du Frontstalag 140 de Belfort sont chargés dans des wagons à bestiaux. Ils sont accompagnés du Docteur Foliguet et de quelques infirmiers français, qui eux, voyagent dans de wagons de 3ème classe.

Le médecin-chef allemand indique au Docteur Jean-Marie Foliguet que la destination de convoi est l’Autriche. Vers 11h00, le train démarre. Voyant les noms des gares de Colmar, Strasbourg, Karlsruhe, Frankfurt défiler, il voit bien que l’on ne se dirige pas vers l’Autriche, mais en direction de l’Allemagne.

Le voyage va durer jusqu’au 18 janvier 1941, où dans la nuit ils arrivent au Stalag XI B de Fallingbostel en Saxe.

Extraits du livre du Docteur Jean-Marie Foliguet « Mauthausen 1941 »
Docteur Jean-Marie Foliguet à Fallingbostel
Témoignage de Gabriel Vallet

Le train n’arrive pas le 15, mais le 18 janvier 1941.

Ils restent au stalag XI B de Fallingbostel du 18 janvier 1941 au 25 janvier 1941.

Tous les Espagnols reçoivent le triangle bleu encadré de rouge avec le R de Roth Spanien, (Espagnols rouges).

Ils repartent le 25 janvier 1941 en train et arrivent le 27 janvier 1941 au camp de Mauthausen.

Le camp de Mauthausen

Depuis ce camp, le contenu des lettres de Marcelino se résumera à deux ou trois courtes phrases :

« Je suis bien, je ne manque de rien. Baisers pour tous… je suis bien je ne manque……… »

S’écoulant bien des mois, et sans avoir de ses nouvelles, son épouse fit tout son possible pour savoir ce qui se passait.

Le 21 octobre 1941, une lettre de la Croix Rouge internationale lui annonça :

« Le prisonnier numéro 12910, Sanz Matéo Marcelino, est décédé le 19 juillet 1941. Ses cendres reposent dans le cimetière de Steyr (Oberdonau) ».

Ce document de la Croix Rouge remis à Benigna annonçe la mort de Marcelino le 19 juillet 1941, alors que sa fiche individuelle (ci-dessus n° 8) annonce la mort de Marcelino le 29 juillet 1941 à 14 heures.

 L’association des déportés de Mauthausen de Paris diffuse ces informations :

Association des déportés de Mauthausen

Là-bas mourut aussi son ami, Francisco Gracia « el Fin ». Quelques survivants du camp racontèrent à sa fille Rosario Gracia, que peu de jours après avoir vu les SS emporter son ami Marcelino vers la mort, et se rendant compte qu’on venait le chercher, son père se lança sur le grillage électrifié en criant :

« A-moi, vous ne ferez pas ce que vous avez fait à mon ami Marcelino ! ».

Durant le mois de juillet 1942, Benigna alla habiter avec ses quatre enfants mineurs dans le village où Sébastian et Valero travaillaient dans une propriété agricole, au hameau du Laca, à côté de Lannepax dans le département du Gers.

Peu de temps après, Juan fût engagé dans une propriété voisine de celle qui employait ses deux beaux-frères. Ils y restèrent jusqu’à la fin de la guerre. (Voir « Retour à Mézine et au hameau du Laca à Lannepax ».

C’est à Lannepax dans le département du Gers, que les familles Sanz et Uceda vécurent jusqu’à la fin de la guerre. Les circonstances les obligèrent à être ce que ne voulait pas Marcelino : des paysans. Ensuite Benigna, Valero, Juana, Anastasio Alicia se déplacèrent sur Toulouse.

Sebastian rencontra la belle catalane Angèle (Angélina, toujours vivante à ce jour) , originaire d’Elne dans les Pyrénées-Orientales. Ils se marièrent et dès la fin de la guerre émigrèrent dans le Roussillon, à Elne (à côté du camp d’Argelès). Ils s’installèrent comme maraîchers. Ils ont eu deux filles, Solange et Marie-Rose, qui à son tour à eu deux enfants, Jérôme et Karine (qui a fait une thèse de doctorat d’histoire sur…la Retirada). Ce furent des années de dur labeur, Sebastian était un des rares agriculteurs du secteur à employer des gitans Espagnols pendant la période des récoltes. A la fin des récoltes, c’est autour d’une belle cargolade, qu’adultes, enfants et petits-enfants se retrouvaient, la journée finissant par une bataille de tomates bien mûres que Sébastian avait gardées dans un bac.

Un jour, Sebastian, fit le voyage au camp de Mauthausen. Il en revint profondément marqué.

En 1955, Benigna accompagnée de sa fille Alicia, retourna dans sa maison d’Alcorisa (26 ans après l’avoir abandonnée). Depuis lors, et jusqu’à son décès à Madrid en octobre 1988, elle vécut des fois en France et des fois en Espagne.

Juan et Maria émigrèrent vers le Chili dans les années 1970.

Valero alla vivre du côté de Séville.

Juana, Lauro-Daniel, Sebastian et Anastasio resteront en France. Seul Sebastian deviendra agriculteur comme son père Marcelino.

Au bout de plus de deux ans de tracas administratifs, Benigna obtint la pension que le gouvernement Allemand devait payer à toutes les victimes du nazisme. Elle touchait également la pension de veuve de guerre octroyée par le Gouvernement Français. Ces sommes en firent une femme « riche », quand elle retourna dans son village d’Alcorisa. Elle dira souvent à ses enfants :

 » Misme muerto, vuestro padre sigue ayudandonos…. »

« Même mort, votre père continuer à nous aider…. »

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Marcelino est mort en 1941

Benigna est morte en 1988

Juan est mort dans les années 1990

Maria est morte dans les années 2000

Sebastian est mort dans les années 1980

Valero est mort dans les années 2000

Lauro-Daniel est mort en 2019

Juana est toujours en vie

Alicia est toujours en vie

Anastasio est toujours en vie

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Remerciements :

Un grand merci Anastasio et à Alban Sanz, son fils , qui ont mis à notre disposition leurs archives familiales, et ont ainsi permis de mieux comprendre cette page ne notre histoire et de l’histoire des Espagnols contraints à « l’exilio ».

Merci aussi à Rémy Valentin pour les recherches en allemand.

Association au pied du mur (2019 /2020)

au.pied.du.mur04@nullgmail.com

En septembre 2019, lors de ma visite à Mézin dans le Lot-et-Garonne et au hameau du Laca à Lannepax dans le Gers, toujours à la recherche des lieux et témoignages sur le passage en 1939 de Benigna et de ses enfants, j’avais adressé à Madame Danielle Ducoussau, Secrétaire de Mairie à Mézin, un compte-rendu du résultat de mes investigations.

Quelques semaines plus tard, Michelle Casal, la petite-fille de Madame Engracia, se rend à la Mairie de Mézin, elle aussi à la recherche de souvenirs. Après quelques échanges de courriers, voici ce que j’ai appris :

En 1919, Jaume Casal, son épouse Engracia Fuste-Sarahis et leur fils Raymond quittent le village de Sentarada dans la province de Lérida (Lleida) en Catalogne, pour venir s’installer rue d’Armagnac à Mézin.

Sentarada

Jaume est né le 24 juillet 1887 à Viu Llevante, un village de la comarque de l’Alta Ribargorça, à quelques kilomètres de Sentarada, toujours dans la province de Lérida. Il est le fils d’Antonio et de Ramone Rugall. Il est ouvrier auxiliaire des routes. Il décède le 23 août 1941, suite à un accident de travail.

Viu Llevante

Engracia Fuste-Sarahis est née le 20 décembre 1894, à Viu Llevante. Elle est décédée en 1960.

Ils auront deux enfants, dont Raymond qui achètera des années plus tard un commerce au 10 rue Gambetta, qui deviendra « la pâtisserie Casal », une référence à Mézin. Maria, la fille de Marcelino, y a travaillé.

Patisserie Casal 10, rue Gambetta à Mézin

Madame Engracia,  dite « Graciette » va aider le plus possible Benigna et sa famille, durant les années difficiles passées « au Réfugio » à Mézin.

Jaume Casal
Engracia Fuste-Saharis
La famille Sanz à Mézin en 1940
Remerciements à :

Michelle Casal, la petite fille de Jaume Casal et Engracia Fuste-Sarahis,

Anastasio Sanz, fils de Marcelino

Alban Sanz, petit-fils de Marcelino

Danielle Ducoussau (Mairie de Mézin).

« Au pied du mur octobre 2019 ».

Le diable m’a dit (1967)

Oui ! le diable est venu cette nuit dans ma chambre,

 Les yeux couleur de sang et le visage d’ambre,

Son ample cape noire à l’envers

Et empestant le souffre

Je lui dis : « dis-moi, Diable, est-il vrai qu’en enfer

C’est l’âme des mortels et pas du tout la chair

Comme on le dit ici, sans le savoir, qui souffre

D’indicibles tourments ? »

Alors que j’insistais le fixant, stoïque,

Le Diable, en reculant, d’un grand geste emphatique

M’imposa le silence et me dit « Ignorants !

L’enfer est sur la terre

Et non pas en dessous ! il faut être bien sot

Pour croire que le bon ne peut être qu’en haut

Et le mauvais en bas ! pourquoi pas le contraire,

Stupide troupeau ? »

Tasio Sanz

Le cri (1986)

Quand l’homme crie… Il est des cris

Qui sont ce qu’est la délivrance

D’un bonheur contenu, immense !

Qui sont une explosion de vie !

L’éclat du gong dans le silence !

Il est des cris qui sont, aussi,

Le hurlement de la souffrance

Qui vous transperce avec violence

Lorsque surgissent de l’oubli

Les horreurs de notre existence…

Le cri de l’homme est inouï !

Est-il – qui sait ?- la survivance

De ce que furent sa jouissance

Et sa douleur lorsque l’esprit,

Soudain, enflamma la substance ?

Tasio Sanz

Les sondages archéologiques dans l’église Saint Jacques du vieux Montlaux sont aujourd’hui terminés.

Le but de ces sondages étaient de savoir ou se situait le niveau de sol de l’église et de trouver éventuellement des éléments de constructions:  » éléments de toitures ou de charpentes etc etc.

Dès les premiers jours des éléments de sol sont apparus.

Premier élément de sol avec trace de chaux

Les jours suivants c’est une belle découverte qui s’offre aux archéologues, qui trouvent des éléments de squelette à l’intérieur de l’église. Tout cela est relevé, inventorié, photographié et évacuer du site.

Première découverte d’ossements.
Un tibia encore pris dans la terre.
Par négatif de moulage apparaissent aussi des traces de tissus

D’autres ossements ont été trouvés lors de ces sondages, ils on été enlevés par les archéologues, afin d’effectuer des prélèvements pour datation.

Ces travaux ont aussi permis de découvrir quelques anciennes fondations, avec des emplacements d’anciennes entrées et autres murs de soutènements.

En rouge les deux montants de porte, en bleu le remplissage, en noir une ancienne boche pour relier les pierres entres elles.

Des visites commentées du site sont organisées régulièrement. elles permettent de mieux comprendre l’histoire du village de Montlaux et de son église Saint Jacques.