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le samedi 7 décembre c’est tenu dans l’église de Montlaux un concert de Polyphonie, donné par le groupe « Boulegadis ».

Ce concert organisé par les Mairies de Montlaux et Ongles était donné afin de receuillirs des fonds pour sauvegarder le patrimoine de nos deux villages.

l’église était comble pour écouter ces polyphonies: Occitane, Corse et Italienne. Une bien belle soire qui c’est terminée autour d’un verre dans la salle des fêtes du village.

crédit photos: Hector et Patrick.

Quarante-huitième lettre de Marcelino, écrite de la Condamine Chatelard, dans les Basses-Alpes, où il travaille à la 11ème CTE.

La Condamine-Chatelard, 6 décembre 1939

Me référant à ce que tu me dis dans ta lettre du 1er, que chaque jour il y en a qui sortent du « Refugio », sois patiente, ton tour viendra aussi. Comme je te l’ai dit dans mes lettres antérieures, ne te fâches pas. Prends cela avec calme. L’essentiel est d’avoir la santé, car c’est ce qui vaut le plus. Tout le reste viendra à son heure.
Si le commissaire a noté vos noms, c’est qu’ils préparent quelque chose. C’est la preuve que les faits vont être évidents. Plus que jamais, ayons l’espérance de nous unir. Moi je ne crois pas ce que tu penses, c’est-à-dire qu’ils vous fichent pour vous concéder la carte de travail et que lorsque vous l’aurez, on vous dira : « dehors ! débrouillez-vous par vous-même* ». Cela me paraît incroyable parce que, comment peuvent-ils vous jeter à la rue sans que vous sachiez où aller, et sans parler français. Même en ayant la carte de travail on ne peut pas travailler en étant dans de telles conditions. Quoi qu’il en soit, ne te préoccupe pas tant.
Sebastian et Valero travaillent déjà, ainsi que moi-même, malgré le peu que je puis vous aider. Même si vous arrivez à cet extrême, ne t’effraie pas, parce que tu ne mourras pas de faim en voulant travailler. Aie confiance car nous t’aiderons tant que nous pouvons.
Je suppose que tu as reçu les deux paires de souliers avec la paire d’espadrilles pour Sebastian. Les souliers de grande taille sont des « Sulema ». Ils me les ont donnés en partant. Je les ai réparés afin de vous les envoyer. C’est un compagnon de marabout qui m’a donné la paire pour les petits. Comme il pensait partir en Espagne, il les gardait comme on garde un trésor pour son petit-fils, mais se rendant compte qu’il valait mieux qu’il reste ici, ces souliers n’étaient pour lui qu’un embarras.
Dis-moi si vous avez froid la nuit. Je m’imagine que vous devez avoir peu de vêtements.
J’ai reçu des nouvelles de Sebastian. Il me dit qu’il est très content de se trouver hors du « Refugio », et de se voir libre entre terre et ciel. Pour bien vivre, l’homme n’a besoin que d’avoir la santé et la liberté. Il m’assure qu’il fera tout ce qu’il pourra pour vous. Donc, tout compte fait, on ne doit pas perdre confiance dans l’avenir. Chacun aura son tour pour participer au bonheur des autres.
Dis-moi s’il a neigé. Ici nous n’avons pas de neige, mais il ne fait pas froid.
Les timbres-poste ont augmenté ils valent désormais un franc**.

Marcelino Sanz Mateo

*/ Cependant, c’est-ce-que les gendarmes feront, jetant à la rue les familles composées de femmes, d’enfants et de vieux.

**/ Rappelons que Marcelino gagne 27 francs par mois. Malgré la « drôle de guerre » le courrier est toujours arrivé.

Quarante-septième lettre de Marcelino, écrite de la Condamine Chatelard, dans les Basses-Alpes où il travaille à la11ème CTE.

La Condamine Chatelard, 3 décembre 1939

Votre lettre du 25 m’a réjoui en y lisant l’impatience que vous avez de nous voir. Tu me racontes que tu as trouvé une maison à louer. Mais, lorsque tu t’es présentée, les propriétaires (deux femmes) t’ont rejetée parce qu’ils n’ont pas la moindre confiance envers les réfugiés espagnols. C’est naturel, vu qu’ils ne nous connaissent pas, sans compter ceux qui propagent exprès que nous sommes des gitans, c’est-à-dire des gens de bas étage. De sorte ne t’étonne pas que ces femmes t’aient dédaignées. Si les français faisaient l’effort de nous connaître, et nous donnaient la possibilité de pouvoir leur démontrer que nous sommes honnêtes, tout serait différent. Ceux qui se méfient par ignorance sont bêtes à manger du foin. Prends en considération que dans tous les pays il y aune quantité de gens qui naissent méchant et sont baptisés avec du vinaigre. Alors, comme on dit : « A folle demande, point de réponse », parce que si tu le prends mal et tu t’irrite, nous n’arriverons pas à nous réunir. Si tu perds la sérénité tu perdras la santé, ce qui serait un bouleversement pour nous tous en général, et tout spécialement pour nos quatre jeunes enfants, eux qui sont ceux qui ont le plus besoin de tes forces et de ton amour. Tu sais bien que jusqu’à qu’ils n’aient pas moins de quatorze ans ils ne pourront pas gagner leur pain.
En me disant que tu pleures beaucoup tu ne me fais pas de la peine. Ce que tu fais c’est me fâcher en constatant que tu n’as pas le courage de te résigner. Heureusement que ta lettre contient des nouvelles qui me réjouissent, telle celle qui m’apprend que, peut-être, Valero ira travailler avec Sebastian. Il sera mieux qu’à ne rien faire et, au moins, tous les deux pourront se développer en mangeant ce que le corps demande. J’espère avec confiance qu’ils démontreront leur bonne éducation. J’aurais préféré qu’ils aient trouvé du travail dans un atelier mais, que pouvons-nous faire ? On doit accepter les choses telles qu’elles se présentent, en pensant et voyant ce que nous devons faire pour pouvoir, dans le possible, nous débrouiller par nous-mêmes. Aujourd’hui nous sommes des marionnettes armées par les mains de l’absurdité.
Cher fils Valero. Tu me confirmes que tu vas travailler avec Sebastian. Obéis à ton frère ainé et, surtout, respecte ceux qui t’entourent. N’ait pas la tentation de te réjouir avec des choses qui ne t’appartiennent pas, pince-toi lorsque tu te rendras compte que tu es indiscipliné. N’oublie jamais de prendre comme exemple l’honnêteté de tes parents. Fais-en sorte qu’on ne puisse pas te traiter de voleur. Sans être lâche, « fais ce que tu dois, advienne que pourra ». Tel est le comportement de tout honnête homme bien né. Je termine en te recommandant de ne faire des promesses à tort et à travers, car, chose promise chose due.
Chère fille Juana. Je te remercie pour ta lettre, tout en te disant que tu dois prendre des leçons d’écriture.
Cher fils Anastasio, toi aussi tu me réjouis avec ta lettre, et, également, je constate que tu écris peu, vu que ton écriture est toujours mauvaise0
Cheres filles Laura et Alicia. Jouez tant que vous pouvez, car le jeu permet aux enfants d’apprendre beaucoup. Pour vous deux, je garde un tas de baisers.

Marcelino Sanz Mateo

Le 2 décembre 1851 le Prince Louis Napoléon Bonaparte renverse la République. devant ce coup d’état, de nombreux départements se révoltent, en particulier la Vendée, le Var et les Basses-Alpes, la Préfecture de Digne est prise d’assaut par les insurgés. Après la défaite de la bataille des Mées, le département est mis au pas.

De très nombreux habitants sont condamnés à de la prison où à l’exil en Algérie.

Notre commune de Mallefougasse voit 23 de ses habitants sanctionnés.

documentation: Archives Départementales des Alpes de Haute-Provence, Conseils Municipaux de Mallefougasse, et l’excellent livre 1851; « Les Basses-Alpes à l’avant garde de la République » publié par les AD 04.

Liste des 23 habitants jugés
Poème de Jean François Ailhaud instituteur à Mallefougasse (Merci à JP Déorsola)

Mais le 13 octobre 1852, le conseil municipal fait allégeance à Napoléon III.

Conseil municipal du 13 octobre 1852